Ici est né le vin.

Ici est né le vin

La formule semble péremptoire et sans doute excessive. Est-elle fausse pour autant ?
L’Histoire du vignoble du Languedoc débute avec les Grecs au Vème siècle avant J.C. Il prend réellement son essor sous l’impulsion des Romains, fins connaisseurs de la culture de la vigne. C’est depuis cette époque que la viticulture joue un rôle vital dans l’économie régionale.
La construction du Canal du Midi, au XVIIème siècle, reliant l’océan Atlantique à la mer Méditerranée, donna une première impulsion au vignoble en dynamisant tout le secteur économique régional et plus particulièrement le secteur viticole. Le développement des chemins de fer permit d’expédier plus facilement du vin dans le nord de la France notamment. Ce fut la période de plus grande prospérité du vignoble languedocien.
En 1868, le Phylloxéra met un coup d’arrêt à cette belle expansion.
Les vignerons surmontèrent cette crise grâce à la greffe de pieds de vigne sur des plants américains plus prolifiques et le développement de la mécanisation. Une production très importante en fut la conséquence. La quantité l’emporta sur la qualité, la production annuelle atteignit des sommets en 1900 et dans les années qui suivirent. La chute des cours fut alors immédiate d’autant plus que la surproduction était, à ce moment là, nationale. La fraude, sous la forme de marchés parallèles de « vins à sucre » et de vins trafiqués vint s’ajouter à cette période noire de la viticulture.
La situation était catastrophique.
Au petit matin du 11 mars 1907, derrière Marcelin Albert le cafetier d’Argeliers, 86 habitants du village décidèrent de déclarer la guerre à la misère et aux vins artificiels et de marcher vers Narbonne. La révolte vigneronne était née, elle allait prendre une ampleur considérable. Des manifestations monstres se déroulèrent à Narbonne, Montpellier, Carcassonne, Béziers, Nîmes, Perpignan, Capestang, Ouveillan, Lézignan, Sallèles, Bize, Coursan...
« La révolte des gueux »initiée par Marcelin Albert avait fédéré les
gens de la terre.La loi sur le vin, le protégeant contre les vins trafiqués imposant qu’il soit fabriqué avec du raisin est votée le 29 juin 1907.
En 1910, une fois la fraude réprimée, la défense de la qualité fut officialisée, la coopération organisée et la surproduction momentanément endiguée par des récoltes moindres. La viticulture française put alors repartir sur de bonnes bases.
S’il n’y avait pas eu les 87 Argeliésois, s’il n’y avait pas eu les vignerons de 1907, la viticulture dans le Midi et ailleurs existerait-elle encore ?
Soyons reconnaissants envers tous ceux qui ont relevé la tête pour lutter contre l’avilissement et redonner leur dignité aux femmes et aux hommes soumis à des contraintes insupportables. Rendons hommage à ces révoltés qui partirent de notre village le 11 mars 1907 pour défendre une grande et noble cause. Oui, le vin est né ici !